les médecins apparaissent collectivement responsables d’une partie de la béance de la Sécurité Sociale.

      Rebelles, les toubibs ? Non, avant tout trop nombreux. On en dénombre 180000 en France métropolitaine, dont 86000 spécialistes. 3 fois plus qu’il y a vingt ans, 2 fois plus qu’en Angleterre.
      La voilà, la première explication du dérapage des dépenses de soins : la folle concurrence que se livrent les blouses blanches.  » C’est dur à dire, mais nous sommes aussi des commerçants « , reconnaît le Docteur Philippe Sopéna, numéro 2 du syndicat de généralistes MG de France. Sauf que les commerçants se battent à coups de rabais. Les médecins, eux, fidélisent leur clientèle trop souvent grâce à des prescriptions remboursées par la Sécurité sociale. 
      Il faut dire que les patients en redemandent. (…) Et, surtout des boites de gelules. Jusqu’à la frénésie.  » Un médecin qui laisse partir ses malades sans leur administrer au moins deux médicaments passe pour un mauvais « , déplore un jeune généraliste lyonnais.  » Il est plus facile et plus rapide de prescrire un examen que de passer trente minutes à écouter son patient « , renchérit le Dr Lehman, généraliste dans les Yvelines. 
      Tous ne font pas cet effort,en effet. D’après les statistiques de l’Assurance Maladie, la durée moyenne des consultations est de 18,8 minutes. En revanche, les médecins administrent une ordonnance moyenne de 3,8 lignes. Un record du monde. Ainsi biberonnés au stylo encre, les Français sont peu à peu devenus les champions de l’absorption moléculaire. Ils avalent, par exemple, 2,5 fois plus d’antibiotiques que les Allemands, 19 fois plus de vasodilatateurs que les Anglais. Et pas du deuxième choix : les praticiens optent souvent pour des médicaments dernier cri, donc plus chers.  » Médicalement, ça ne change pas grand-chose, reconnaît le Docteur Sopéna. Mais ceux qui en restent aux vieilles spécialités passent pour ringards ». 
       Cette propension des blouses blanches à prescrire plus que de besoin s’explique aussi – c’est la deuxième raison du gaspillage – par leur sensibilité à la pression des laboratoires pharmaceutiques. (…) 
       Difficile d’échapper à la force de frappe marketing des géants du médicament. Rien qu’en France, ils y consacrent 10 milliards de francs par an.  » J’exercerai mon art dans la pureté et l’innocence « , recommande le serment d’Hippocrate, guide de la déontologie du métier. Assaillis de visiteurs médicaux, conditionnés par une presse sponsorisée par l’industrie pharmaceutique, couverts de petites attentions, guidés par un système de formation continue aux mains des labos, certains praticiens ont du mal à tenir le cap. (…) 
       Le cas des médicaments génériques en est un bon exemple. Copies de molécules tombées dans le domaine public, donc moins chers, ils ont déjà conquis le marché de nombreux pays industrialisés. En Allemagne, un médicament sur trois est un générique. En France, pas même un sur trente. Très en retard sur leurs concurrentes, les firmes françaises font tout pour repousser leur arrivée. » Le seul remplacement du Lipanthyl par du Sécalip (hypolipidémiantgénérique) pourrait faire économiser plus de 300 millions à la Sécu ! » s’emporte Jean-Pierre Davant, le président de la Fédération nationale de la Mutualité française. « Pourquoi les médecins ne le prescrivent-ils pas ?  » 
      Prisonniers d’enjeux financiers qui les dépassent, les praticiens accusent régulièrementle  » système « qui, intrinsèquement, les pousse à la dépense. Et ils n’ont pas tort. La France est le seul pays au monde à combiner paiement du praticien à l’acte (et non auforfait comme en Grande-Bretagne), liberté totale de prescription et remboursement à guichets ouverts. Une architecture ultralaxiste qui permet à beaucoup de praticiens libéraux de fixer eux-mêmes le niveau de leurs gains. Jusqu’à, parfois, en abuser. C’est le troisième reproche qu’on peut leur faire.  » Certains de mes amis spécialistes le reconnaissent, raconte le Pr Béraud. Le 15 du mois, ils regardent où ils en sont. S’ils ont pris du retard, ils forcent un peu pendant la deuxième quinzaine. 
       Forcer ? Parents pauvres du secteur (certains sont au Smic), les généralistes n’ont guère d’autres ressources pour arrondir leurs fins de mois que de faire revenir leurs patients(…). Or cette pratique du  » revenez-y » conduit à bâcler les consultations. Ce chef de clinique d’un grand hopital parisien le sait mieux que quiconque : interniste, une spécialité qui monte, il  » récupère  » les malades dont l’affection demeure mystérieuse.  » Avant d’arriver dans le service, nos patients ont navigué entre plusieurs cabinets, des piles d’examens sous le bras. Souvent, leurs médecins n’ont même pas pris le temps de les écouter « , observe-t-il.
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